Notre glorieux Ministère ose tout, c’est à ça qu’on le reconnaît. Les PIAL (Pôles Inclusifs d’Accompagnement Localisés) laissent la place aux PAS (Pôles d’appui à la Scolarité). Sur le papier c’est super beau, comme d’habitude et nous ne saurions trop vous conseiller la lecture de ce nouveau machin sur le site du Ministère [1]. Mais nous avons l’habitude du vernis ministériel. Non, les PAS ne passent pas. Ils ne sont là que pour allumer un contre-feu face au manque de moyens humains : l’éclatement sur le plan temporel et spatial des interventions des AESH [2] sera accentué, pénalisant encore plus l’organisation de leur travail, alors que les conditions de travail souvent déplorables et le salaire indigne de ces collègues font déjà l’admiration de tous, quand ils et elles restent en poste. Si les MDPH [3] semblent garder un rôle dans l’octroi d’une aide humaine, c’est bien le Pôle d’Appui à la Scolarité qui définit le nombre d’heures d’accompagnement : on fait donc avec les moyens qu’on a et non avec les moyens nécessaires !
Vous ne nous croyez pas ? On exagère encore ? C’est pourtant le Rectorat de Grenoble qui le prouve et avec panache. En effet, nous nous sommes procuré le compte-rendu d’une réunion des « pilotes » du gros navion PAS pour la DSDEN de l’Isère le 10 octobre dernier. La lecture de ce document interne est délicieuse (vous le trouverez en intégralité en pièce-jointe) ; mais décryptons un peu le machin.
1) Le gratin dauphinois réuni
Aux commandes de cette réunion, que du lourd. On est là pour parler sérieusement : DASEN, IEN ASH, DRH adjoint SEI, Coordonnateur départemental PIAL/PAS, Chargée de mission, AESH référents-techniciens, IEN et chefs d’établissement.
2) Pourquoi c’est du foutage de gueule
L’objectif de cette réunion est hyper sérieux : « L’accompagnement de la transition PIAL vers PAS. » est-il indiqué. On a lu les pages dithyrambiques sur le site du Ministère, alors on s’attend à quelque chose de formidable. Et puis en fait, pas vraiment, d’où l’idée de foutage de gueule, pas volée. Et nos pilotes de décliner, donc, cet « accompagnement » qui, au fur et à mesure de la lecture, nous fait plutôt penser à un « accompagnement » mais vers la fin de vie. Mais c’est pas dit comme ça sinon après les gens y s’énervent. Alors ça dit quoi un pilote dauphinois ?
- On va faire beaucoup plus, à moyens constants : « Le pilotage s’effectue désormais sous enveloppe définie, avec de nouvelles notifications MDPH tous les 15 jours sans dotation additionnelle ».
- On va arrêter de perdre en justice contre les familles qui font des recours parce que leur gamin n’a pas d’accompagnement : « L’objectif prioritaire reste la couverture à 100 % des notifications individuelles, ces dernières étant opposables (la MDA perdant 46-50 % des contentieux devant le tribunal administratif) ».
- On va faire un recentrage « stratégique » (ça fait pilote avec des lunettes de soleil et management à l’américaine, c’est crédible du coup). Alors attention, vous le voyez pas forcément venir le recentrage mais quand il arrive bien au centre de la cible (et oui, c’est vous la cible) ça pique un peu : « L ’accompagnement humain doit constituer un dernier recours. Les deux réunions ont insisté sur la nécessité de professionnaliser les notifications : la MDPH durcit actuellement ses critères d’attribution, et les équipes pédagogiques doivent notifier uniquement après avoir exploré toutes les adaptations pédagogiques possibles. » Et plus loin : « L’ enseignant référent ne propose plus d’AESH directement […] Un groupe de travail IEN ASH est en cours pour produire un vade-mecum et un guide GEVASCO ». Vous l’avez ? L’AESH c’est vraaiiiiment quand les enseignant.e.s (ces feignasses) ont bien tout essayé avec Jean-Toufik. Il n’y arrive toujours pas ? Mais enfin, êtes-vous bien certain.e d’avoir exploré toutes les pistes avec ce gosse qui va nous coûter bonbon si ça continue ? Et on continue : ce ne sont plus les personnels ni les parents qui vont exprimer le besoin d’accompagnement des élèves par un.e AESH. Z’y connaissent rien, on ne parle plus de ça, on va vous expliquer comment vous passer d’AESH et le GEVASCO vous y mettez d’autres choses qui coûtent moins cher.
- On va faire trimer les enseignant.e.s vu que les AESH, en fait, ça porte préjudice aux gamins. Le tout étayé par une étude « universitaire » (ça fait sérieux mais on ne cite pas la source) : « Développement de l’autonomie des élèves - Une conférence universitaire récente rappelle que l’AESH peut paradoxalement freiner l’autonomie : présence trop constante, interlocuteur privilégié devenant l’AESH plutôt que l’enseignant, éloignement du groupe-classe. L’accompagnement pédagogique des enseignants reste central pour développer cette autonomie. »
- On va saupoudrer des heures d’AESH dans les bahuts et ils se débrouilleront avec : « Changement de paradigme nécessaire : passer d’une logique d’affectation individuelle à une logique d’enveloppe d’heures par établissement, intégrant les absences comme un aléa normal. »
- On va bien continuer de communiquer aux professionnels et aux familles qu’on fait tout au mieux mais que bon, faut bien être un peu flexible dans la vie ma bonn’dame : « Un livret à destination des AESH et directeurs de PIAL est envisagé, ainsi qu’un courrier type et une présentation synthétique pour les familles expliquant la répartition des heures et la flexibilité nécessaire. »
- On va terminer par une conclusion qui ferait vachement « pilotage » et qu’on pourrait lire dans un sens ou dans l’autre on aurait toujours un truc creux mais qui fait sérieux [4] : « En conclusion, cette transition vers les PAS, outillée par le tableau de bord, doit permettre de professionnaliser nos pratiques, d’optimiser les moyens et de recentrer l’accompagnement sur les besoins réels des élèves (sic), dans une perspective de développement de leur autonomie. Les tensions entre ambitions institutionnelles et réalités terrain sont objectivées ; les coordinateurs et l’amélioration des outils constituent les leviers prioritaires pour réussir cette transformation. »
Notre conclusion à nous, Lutte de Classes éducation, c’est que nous sommes « pilotés » par un Ministère qui souhaite faire des économies sur le dos des élèves et par toute une chaîne hiérarchique qui doit nous vendre une bouse en la faisant passer pour du savon. Et vous verrez tout ce petit monde, ces petits maillons, continuer de s’enorgueillir de faire le bien pour ces ptits nenfants et blablabla et de l’école inclusive en voulez-vous en voici blablabli.La philosophie des PAS ressemble à s’y méprendre à celle qui prévaut dans la santé et les hôpitaux : une pénurie savamment organisée et feignant d’être gérée consistant à vous expliquer comment vous passer de ce dont vous avez besoin.
Nos revendications sur le sujet sont très claires :
- Des moyens financiers et humains pour l’école et pas pour les milliardaires, ni pour les militaires ;
- Une formation digne de ce nom pour les personnels et la titularisation sans condition des AESH ;
- Qu’on arrête de se foutre de nous, des élèves et des familles. D’avance merci.
PAS (Pôles d’Appui à la Scolarité) : foutage de gueule au Rectorat de Grenoble !